Trilogie papoue par Bob Connolly, Cinéaste

«Mon histoire de film perdu commence il y a quatre-vingts ans dans les régions montagneuses inexplorées du centre de la Nouvelle Guinée. Parti chercher de l’or dans les années 1930, l’Australien Michael Leahy tombe nez-à-nez avec un million de personnes dont l’existence était auparavant inconnue du reste du monde. Avec un sens instinctif de la narration, et armé d’une caméra, Leahy filme la dernière confrontation significative dans l’histoire de l’humanité entre deux cultures. Mais personne ne prend la mesure de la véritable importance du film à l’époque. Leahy devient aigri et ces incroyables archives prennent la poussière dans un grenier pendant cinquante ans. 1980, sur la piste de ces images légendaires, ma collègue Robin Anderson se rend en Nouvelle-Guinée, chez Richard Leahy, le fils de feu Michael. Richard descend du grenier avec une valise cabossée, l’ouvre et découvre onze boîtes de pellicule 16 mm, chacune contenant sa liste de plans jaunie. À leur lecture, Robin réprime une sérieuse envie de s’enfuir aussitôt en emportant le tout. La pellicule racornie et friable est improjetable. Promettant
de restaurer et conserver les images, Robin s’en va avec les rushes et la bénédiction de Richard; pendant deux semaines elle ne quitte jamais les bobines. Enfin de retour à Sidney, elle hèle un taxi, entasse ses bagages et pousse un soupir de soulagement. À mi-chemin entre l’aéroport et sa maison, elle cherche
la valise cabossée. Disparue! Oubliée dans une boutique de l’aéroport ! Arrêt cardiaque! La valise est retrouvée, les bobines déposées à la National Film Archive pour être restaurées. Après six semaines d’attente, nous lançons la copie restaurée sur la table de montage et restons là, « silencieux, l’oeil rivé sur un pic du Darien », tandis que les scènes merveilleuses de Michael Leahy se rejouent devant nos yeux pour la première fois depuis cinquante ans. First Contact est né. Espérons que le vieux chercheur d’or bourru nous regarde depuis là-haut, un sourire aux lèvres. »
Traduit de l’anglais par Olivia Cooper Hadjian et Aurélia Georges.

FacebookTwitterTumblrGoogle+