Des nouvelles de… #5 – Gens du voyage





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En 2013, le Festival faisait découvrir le monde des « Rroms, Tsiganes et Voyageurs ». Il avait été l’occasion de créer des liens avec les gens du voyage vivant à Douarnenez. Depuis, ils sont plusieurs à revenir tous les ans sur la place du Festival. Nous les avons contacté pour prendre des nouvelles durant cette période de confinement, une période forcément compliquée lorsque l’on vit dans une caravane et à plusieurs familles sur le même espace restreint de l’« aire d’accueil ».

 


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Une transcription de l'entretien est disponible plus bas sur la page.


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Entretien avec un membre de la communauté des Gens du voyage de Douarnenez

Propos recueillis par Claude Le Gouill

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Le Festival avait été l’occasion de revenir sur les conditions de vie sur l’aire d’accueil et sur les coûts de l’emplacement. Les gens du voyage paient une fois par semaine au CCAS le stationnement ainsi que l’eau et l’électricité, cette dernière pouvant atteindre les 40 euros hebdomadaire en hiver. Depuis le début de la crise sanitaire cependant, plus personne ne passe sur l’aire d’accueil pour récupérer les montants demandés. Si on ajoute à cela le pillage des supermarchés qui ne permet plus l’achat des produits les plus accessibles, le risque est donc pour les gens du voyage de ne pouvoir rembourser la somme demandée à la fin du confinement et donc de s’endetter.
Malgré les difficultés, ils restent solidaires des professionnels mobilisés, à commencer bien sûr par le personnel hospitalier. 

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Entretien avec un membre de la communauté des Gens du voyage de Douarnenez (transcription)

Propos recueillis par Claude Le Gouill

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En 2013, le Festival faisait découvrir le monde des « Rroms, Tsiganes et Voyageurs ». Il avait été l’occasion de créer des liens avec les gens du voyage vivant à Douarnenez. Depuis, ils sont plusieurs à revenir tous les ans sur la place du Festival. Nous les avons contacté pour prendre des nouvelles durant cette période de confinement, une période forcément compliquée lorsque l’on vit dans une caravane et à plusieurs familles sur le même espace restreint de l’« aire d’accueil ».

Chez nous, chez nous…oui ! On est chacun dans notre caravane, mais bon de temps en temps on est ensemble aussi, t’as vu si on fait une petite grillade ou n’importe quoi on est ensemble. Mais on est dehors nous, et puis de chez nous il y a personne qui va fréquenter des gens d’ailleurs. A part que chez nous c’est sur le terrain tu comprends...alors du moins nous on essaie, comme ça, parce qu’on sait pas comment ça peut se passer. Moi j’ai mes parents qui sont sur Morlaix, ça fait un bout de temps que j’ai pas été là-bas. Je peux pas, par téléphone c’est tout, mais autrement j’ai mon père qui est malade aussi alors je veux pas y aller. Moi je suis diabétique, alors je ne vais pas m’amuser à me promener à droite et à gauche pour ramener une saloperie, et puis après contaminer tout le monde. Voilà. Celui qui a une maison il a des pièces assez grandes, il peut circuler chez lui, mais nous nos caravanes t’as vu c’est des paquets de tabac ! Là-dedans on ne bouge pas trop ! Et puis nous on est beaucoup dehors aussi, alors ça fait qu’on traine autour de chez nous, c’est tout. Mais autrement rester enfermés tout le temps on ne peut pas non plus. C’est presque toute la même famille sur le terrain alors tout le monde s’accorde. Heureusement encore ! Puisque autrement je ne sais pas ce qu’il y aurait sur le terrain mais il y aurait la guerre ! Ben oui, il suffit que tu ne t’accordes pas avec des gens, l’autre il va venir vers toi « ben non toi tu restes chez toi parce qu’on sait pas si tu es malade ou pas ». Donc voilà, on fait attention. Sur le terrain il y a bien dix-quinze caravanes quand même, facile. C’est des familles, t’as vu. La plupart des gens sont d’ici de Douarnenez, ils sont domiciliés ici au CCAS à Douarnenez. Autrement il y avait d’autres caravanes qui étaient là, il y avait deux qui étaient là, ben les jeunes ils sont partis avant, dès qu’ils ont su ça, ils sont partis. Ils n’ont pas voulu rester là parce que ce n’était pas leur coin. Mais autrement nous on est d’ici alors on bouge pas d’ici, t’as vu. On fait tout ici ! Ca fait combien d’années qu’on est là ? Moi j’ai voté ici, j’ai mes amis ici à Douarnenez. C’est-à-dire je suis plutôt un sédentaire qu’un gens du voyage. J’ai plein de famille aussi, ils sont comme nous. Sur Angers, la plupart de mes cousins ils ont des petites maisons qu’ils ont eu par la ville d’Angers, donc ils sont chez eux, ils bougent pas de là-bas. Ils ont leur petite maison, ils sont chez eux avec leurs enfants. Donc là c’est bien. Mais sur Saint-Nazaire ils sont comme nous, ils sont dans les terrains aussi. Alors là sur Brest c’est pareil, j’ai eu mes frères, ils sont sur Brest, il y a un qui a un terrain et il y en a d’autres qui sont sur des parkings parce qu’ils n’osent pas trop se mélanger avec les gens. Tout le monde a peur. Alors c’est pour ça, on bouge pas trop, confinés un peu chez nous aussi. A part que l’on va un peu aux courses, ou à la pharmacie, si on a besoin de quelques choses.

 

Le Festival avait été l’occasion de revenir sur les conditions de vie sur l’aire d’accueil et sur les coûts de l’emplacement. Les gens du voyage paient une fois par semaine au CCAS le stationnement ainsi que l’eau et l’électricité, cette dernière pouvant atteindre les 40 euros hebdomadaire en hiver. Depuis le début de la crise sanitaire cependant, plus personne ne passe sur l’aire d’accueil pour récupérer les montants demandés. Si on ajoute à cela le pillage des supermarchés qui ne permet plus l’achat des produits les plus accessibles, le risque est donc pour les gens du voyage de ne pouvoir rembourser la somme demandée à la fin du confinement et donc de s’endetter.

Penses tu... Pour ça il n’y a personne qui est venu ! Autrement depuis ce temps on a vu personne, il y a personne qui vient sur le terrain. Rien. Il y a que les éboueurs qui passent, c’est tout. Autrement on n’a pas de contact avec personne. C’est pareil sur le terrain, celui qui a quelques sous pour vivre il garde ça pour bouffer. On ne peut pas faire mieux. Avant ils passaient toutes les semaines, donc on essayait de payer notre droit de place avec notre électricité et puis l’eau, tout ça. Mais là il n’y a plus personne qui passe alors je ne sais pas comment ils vont faire ! Là nous on ne pourra plus payer après, parce que là on est confiné, personne ne peut aller nulle part. Il n’y a personne qui vient nous proposer admettons des masques ou des trucs comme ça, rien du tout. Quand tu vas faire tes courses celui qui prend les premiers prix, on est tous pareil. On essaie de prendre les premiers prix, mais là tu n’as pas trop le choix, tu prends ce qu’il y a à prendre. Et là nous on n’a pas été embêté, mais ailleurs ils ont été embêté, ils n’avaient le droit mettons « je te mets deux paquets de pâte », ils avaient le droit deux trucs comme ça. Moi c’est pareil, d’habitude je vais au CCAS tu sais, parce que je suis au RSA, je peux pas travailler moi à cause de problèmes de santé. Donc j’allais au CCAS et il y avait la banque pour les courses, j’allais et j’avais le droit un peu de course, on payait une petite partie et t’as le droit de prendre des petits trucs dedans. Ben là tout est fermé, on ne peut même pas aller à la banque alimentaire, on peut pas y aller. Parce que si tu vas là-bas, si tu es en contact avec les gens, tu sais pas s’ils sont malades ou pas. Même nous on sait pas. On est coincé là. Si chez nous il y avait eu des malades, il n’y a même pas de dépistage, rien du tout. Je ne sais pas, la moindre des choses ils auraient pu faire un petit truc comme ça, ils auraient pu faire un dépistage quand même pour savoir si les gens n’ont pas la maladie. Mais penses-tu, personne n’est venu. Rien.

 

Malgré les difficultés, ils restent solidaires des professionnels mobilisés, à commencer bien sûr par le personnel hospitalier. 

Chapeau pour eux, ça c’est des gens qui ont du mérite ! Parce que là mon vieux, ils s’occupent des malades, il y en a qui sont malades, ils prennent des risques. Chapeau pour eux ! C’est magnifique des gens comme ça. Mais bon, il en faut aussi, c’est leur métier, mais bon, ils prennent des risques quand même les pauvres gens. Parce qu’ils ont des enfants et tout, et quand ils rentrent chez eux après, ils savent pas s’ils ont été en contact, s’ils ont été contaminés ou pas. Chapeau pour eux quand même, franchement. C’est comme les pompiers, même les flics hein ! Ils font leur boulot, ils pourraient être contaminés aussi ! Moi tous ces gens là, chapeau ! Chapeau bas, parce que vraiment ils ont quand même du mérite.