Regards croisés par Christian Pelras (séance Cinémathèque de Bretagne)

Présentation :

En partenariat avec la cinémathèque de Bretagne et le CNRS Images.

 

"Regards croisés", consiste à réunir en un ensemble indissociable deux documents filmés, l'un en Bretagne et l'autre en Indonésie, en pays Bugis, par l'ethnologue Christian Pelras. Tournés sur le vif (avec des moyens très réduits et sans aucune assistance) entre 1963 et 1973 – donc à seulement quelques années d'écart - ces deux documents donnent à voir jour après jour la vie quotidienne, les travaux, les fêtes et les rites qui rythmaient alors tout au long de l'année agricole deux communautés rurales, vivant l'une en France, l'autre en Indonésie : Goulien, commune Bretonne du Cap Sizun, proche du port d'Audierne et de l'Atlantique ; et Bacukiki', ancienne seigneurie Bugis proche de la ville portuaire de Paréparé, à Célèbes-sud, sur le détroit de Makassar.

 

« Bien que ces deux documents exceptionnels donnent à voir des communautés (l‘européenne aussi bien que l‘asiatique) déjà assez ouvertes l'une et l'autre à cette époque aux changements technologiques induits par le besoin d'accroître la productivité et la rentabilité agricoles, on y constate aussi que cette disposition d’esprit ne les empêchait aucunement de rester par ailleurs très attachées au maintien de traditions séculaires, de type rituel et d’origine préislamique (en pays Bugis) ou même préchrétiennes (en Bretagne).

Le fait qu’aujourd’hui, quarante ans après le tournage de ces images, ces traditions aient en grande partie disparu (bien qu’avec un certain décalage l‘une par rapport à l‘autre) est probablement le signe d'un profond changement de mentalité, entraînant à peu près les mêmes effets - en Orient comme en Occident - ce qui ne signifie absolument pas que les uns aient été causés par les autres ou qu’ils aient eu des causalités identiques. Ce qui a en grande partie disparu chez les chrétiens du Cap-Sizun, c‘est la pratique religieuse elle-même, au profit d’une modernité sans grande spiritualité tandis que ce qui s’apprêtait à disparaître chez les Bugis des environs de Paréparé, c’était les survivances archaïques du culte préislamique, au profit d‘un islam « purifié », considéré à la fois comme plus proche de l’islam « des origines », conçu néanmoins par nombre de ses partisans comme porteurs d’une autre forme de modernité. »

Gilbert Le Traon, directeur de la cinémathèque de Bretagne.

 

Christian Pelras, né en 1934, a été attiré dès son adolescence par l'ethnologie qu'il découvrait lors de ses nombreuses visites au Musée de l'Homme à Paris : « Dès mes débuts en ethnologie, j’ai considéré cette discipline comme un dialogue interculturel et il m‘a semblé nécessaire d’apprendre à porter un double regard, tant sur sa propre culture que sur celle des autres, en s‘efforçant de prendre du recul par rapport à ce qui, dans l’une ou dans l’autre culture, nous paraît le plus aller de soi tout en se rendant le plus proche possible de ce qui nous semble le plus étranger.

En 1959-1960, étant étudiant au Centre de Formation aux Recherches Ethnologiques

(CFRE), au lieu de choisir mon premier terrain dans une ancienne colonie française ou dans

mon Occitanie ancestrale j’ai entrepris l’étude du village alsacien de ma femme ; puis, m’étant initié aux premiers rudiments de la langue malaise je suis allé passer 15 mois en

Indonésie pour m’y livrer dans divers districts de Java et à Bali à des études d’ethnotechnologie comparée portant sur le tissage et les métiers à tisser.» Ce sera le début d'une longue série de travaux sur l'Insulinde et l'Indonésie, dont il deviendra l'un des grands spécialistes.

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