Celui qui n’a pas de terre

Celui qui n’a pas de terre n’a le droit qu’à une mer agitée
Documentaire sonore de Marion Cros et Lama Kabbanji

sur le parcours de trois Palestiniens-Syriens, issus du camp de Yarmouk (Damas). Séparés par l'exil, ils sont ici réunis à travers leurs récits.

Depuis le début du soulèvement syrien en 2011, les Palestiniens du camp de Yarmouk dans la banlieue de Damas n’ont leur place nulle part. Victimes oubliées d’un siège sans pitié, ils n’ont d’autre choix qu’un nouvel exil. La première étape de leur migration les mène au Liban où, depuis des décennies, « Palestinien » rime avec « indésirable ». Ils élaborent alors toutes sortes de stratégies pour partir vers la Turquie, l’Amérique du Nord ou l’Europe, au gré des opportunités et des solidarités qui se présentent…

Ce documentaire apporte un éclairage original sur un aspect particulier du conflit syrien, sur quelques conséquences méconnues des soulèvements arabes et témoigne de parcours d’exil contemporains à travers l’histoire de trois palestiniens issus du camp de réfugiés de Yarmouk. Nous avons suivi leurs trajectoires, depuis le moment où ils ont dû quitter une Syrie en guerre, jusqu’à leur arrivée au Liban ou en Europe. Au fil de leurs récits, nous constatons comment ils composent avec les changements en cours dans la région, les politiques migratoires fluctuantes et les conditions d’accueil dans les différents pays de destination.

Celui qui n’a pas de terre n’a le droit qu’à une mer agitée se nourrit de plusieurs matières sonores ayant chacune un « grain particulier ». Tout d’abord, bien sûr, la langue arabe et son accent palestino-syrien, ses locutions propres au camp de Yarmouk portées par la parole intime des trois protagonistes, mais aussi les sons particuliers des localités qu’ils traversent, (Damas, Beyrouth, Paris, Bonn…), les musiques qu’ils écoutent ou produisent, les conversations qu’ils ont avec leurs amis et leurs proches, les sons qu’ils ont emportés avec eux et qui les accompagnent fidèlement sur la carte mémoire de leurs téléphones portables…

Ce documentaire témoigne d’une époque, de lieux, de situations qui emportent l’auditeur, autant dans une réflexion sur le contexte politique régional que dans une expérience au plus proche de quelques intimités partagées.

Marion Cros est réalisatrice indépendante. Aujourd’hui artiste-associée aux Beaux-arts de Bourges, elle mène une recherche théorique et plastique sur le phénomène de la provocation d’un désordre bruyant, isolé ou collectif, dans les situations de révolution.

www.marioncros.net

Lama Kabbanji est chercheuse à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), au Centre Population Développement (CEPED). Ses recherches portent sur les migrations internationales.

www.ceped.org/kabbanji-lama.

Quelques références intéressantes
◦Par ailleurs, un article très détaillé relatant comment les Palestiniens de Syrie ont été entraînés dans le conflit en Syrie a été publié par Céline Cantat en 2014 dans le blog du Monde et permet de comprendre les différents intérêts en place à la veille du siège du camp de Yarmouk. Voir : « Libérer La Palestine et Protéger Les Camps. Résistance Du Régime et Résistance Palestinienne.” Un Oeil Sur La Syrie.
◦Un groupe d’activistes palestiniens-syriens de Yarmouk « Reaction » est l’un des rares à avoir tenté de documenter la situation à l’intérieur du camp ainsi que le parcours de certains de ses membres malgré le danger encouru et les menaces à la fois de la part du régime syrien et de certaines factions armées présentes dans le camp. L’un des membres fondateurs de Reaction, Hassan Hassan a ainsi été emprisonné et mourra dans les geôles syriennes en 2013. Ce qui n’empêchera pas ses compagnons de continuer à produire des rapports, des articles de journaux ainsi que des productions audiovisuelles qui peuvent être consultées sur youtube ici.
◦Axel Salvatori-Sinz a réalisé en 2012 un film intitulé les « Chebabs de Yarmouk » qui raconte le quotidien d’un groupe de jeunes Palestiniens vivant dans le camp avant le début de la guerre en Syrie, leurs interrogations quant à leur avenir, et notamment l’éventualité (ou pas) de l’émigration.

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