Des nouvelles de…#7 – Nadège Mazars



Nadège Mazars est photographe, installée à Bogotá depuis 2007. Elle était l’invitée du Festival en 2015 pour l’édition “Peuples des Andes” avec une exposition sur la Colombie. Pour suivre son travail c’est par ici !




« Le premier jour de la quarantaine à Bogotá, je n’ai rencontré que des policiers, des pigeons, déjà affamés, des collègues et un nombre illimité de SDF. C’était le 20 mars, et l’univers bogotanais semblait déjà basculer dans une dystopie bien réelle. Le vide, la pauvreté, l’exercice du pouvoir et du contrôle. Le rêve déchu d’un monde meilleur. L’invisible, caché par les excès et les mirages de la société de consommation, se rendait visible. Mais avec l’étrange conséquence de la disparition de ces millions d’yeux qui décortiquaient auparavant les moindres détails du quotidien au travers des téléphones et réseaux sociaux. Beaucoup de journalistes aussi se devaient de rester en quarantaine. L’étrange paradoxe d’un univers qui se révèle avec si peu de personnes pour le voir. C’est pour cette raison que j’ai aussi pensé qu’il fallait documenter. C’était contestable pour les risques propres à la pandémie, et parce que je n’avais alors pas de commande. Mais c’était aussi pour moi revenir à l’essence même de mon travail de photographe. »

24 mars 2020. Entre mille et deux mille vendeurs de rue se sont rassemblés devant la mairie sur la place Bolivar, la place principale de Bogota. Ils demandent de l’aide pour survivre à la quarantaine qui commence le lendemain dans toute la Colombie, car leur travail est informel et ils gagnent quotidiennement l’argent qui leur permet d’acheter de la nourriture pour leurs familles et de payer leur logement. “Nous avons faim !” crient-ils. “Aidez-nous”. Ou encore : “Nous sommes déplacés [par la violence], soutenez-nous avec toute aide… Que Dieu vous bénisse.”  Le 20 mars, Bogotá, la capitale de la Colombie, a commencé une quarantaine en “simulacre obligatoire” prolongée par le confinement qui a commencé dans toute la Colombie le mercredi 25 mars. (24 mars 2020. Bogotá, Colombie)

La 26e rue, une autoroute au centre de Bogota, est totalement vide un dimanche à midi. 
(19 avril 2020, Bogotá, Colombia)

Devant une station-service, un migrant Vénézuélien, se repose avec sa compagne dans les bras. Elle s’est effondrée. Ils marchent depuis deux jours et elle est enceinte. Quelques temps auparavant ils sont arrivés en Colombie, pour fuir la crise économique et sociale que connaît leur pays. Mais avec la quarantaine, ils ont perdus leur travail et avec, leur logement qu’il payaient quotidiennement. Ils cherchent maintenant à regagner le Vénézuela car même si ils n’ont pas de travail, ils y auront un toit. (5 avril 2020. Près du nord de Bogota)